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Arts Magazine International N°22

Janvier Février 2019. Version numérique

9,50 8,55

Version numérique

Inclus : guide des expos à voir en janvier et février 2019

100 pages

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Description

«Dans l’art comme dans la vie, la tromperie n’a qu’un temps»

On aimerait réellement croire à cette affirmation de Paul Léautaud. Pour­tant, quand on constate la croissance vertigineuse des prix de certaines oeuvres, on peut en douter ! En 2013 – déjà – l’historien de l’art et collectionneur Louis-Antoine Prat affirmait : «Les prix sont manipulés par une stratégie marketing. Ce qui me dérange, c’est la manière dont ce petit monde de l’art met en place un marché. Les prescripteurs sont toujours les mêmes. Les directeurs de musée, les critiques, les artistes, les marchands et les collectionneurs imposent leur choix. Ont-ils réellement de la culture ? J’en doute parfois». La critique reste toujours actuelle, mais reflète-t-elle la réalité ?

Certes, la production d’un Jeff Koons, d’un Donald Judd ou d’un Damien Hirst relève autant, sinon plus, de la stratégie commerciale que de la créativité artistique. Même un Bansky, dont l’engagement politique le situe à l’opposé de cette approche spéculative, se révèle, finalement, acteur sinon complice de cette dérive. Non seulement son oeuvre auto-détruite lors de la vente aux enchères s’est vendue à plus de un million d’euros et a doublé de valeur, mais elle pourrait avoir été le point de départ d’un nouvel engouement pour «l’art éphémère».

L’idée n’est pourtant pas aussi nouvelle qu’on pourrait le penser. Dans les années 60, l’artiste britannique Gustav Metzger avait inventé et théorisé le concept de «l’art autodestructif». Et la provocation fait partie de l’histoire de l’art, à l’image de la célèbre Fontaine de Marcel Duchamp (en 1917 !) ou, plus proche de nous, des «oeuvres virtuelles» de Fred Forrest, mises aux enchères sans que personne n’ait pu les voir avant l’adjudication… Mais il y avait dans ces approches une volonté sociologique critique dont on peut se demander si elle est toujours présente chez les icônes actuelles.

Si les grands médias se font naturellement l’écho de ces ventes records et de ces événements soigneusement planifiés, il ne faudrait cependant pas que cette vision occulte la richesse et la diversité de la création actuelle. À l’image du Salon des Artistes Français qui permet à plus de 600 peintres, sculpteurs, photographes… d’aller à la rencontre d’un large public, sans avoir comme seul horizon les sommes capables d’être déboursées. Rafraîchissant !

Gabrielle Gauthier
Rédactrice en chef