-10%

Arts Magazine International N°21

Novembre Décembre 2018. Version numérique

9,50 8,55

Version numérique

Inclus : guide des expos à voir en novembre et décembre 2018

100 pages

Catégorie : Étiquettes : ,

Description

«L’oeuvre d’art, c’est une idée qu’on exagère»

André Gide aurait sûrement apprécié le dernier coup d’éclat de Bansky. Début octobre, une toile de l’artiste baptisée Love
is in the bin (L’amour est à la poubelle, un titre qui a pris rapidement tout son sens) est mise aux enchères chez Sotheby’s. Il s’agit de la reproduction à la peinture acrylique et aérosol de l’une de ses plus célèbres oeuvres murales, Girl with Balloon. Alors qu’elle est adjugée plus de un million de livres (1,185 million d’euros), la toile s’est partiellement autodétruite, grâce à
un mécanisme caché dans le cadre.

Un happening qui a fait la Une des journaux du monde entier et suscité de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux. Le graffeur et peintre de Bristol, dont l’identité réelle est toujours secrète, avait déjà défrayé la chronique il y a quelques années, en installant près de Central Park un stand où il a vendu une vingtaine de toiles «authentiques et signées» pour… 60 dollars  pièce !

L’artiste subversif se plaît à critiquer les dérives du marché de l’art… dont il est pourtant l’un des grands bénéficiaires ! Et ce dernier canular illustre bien ce paradoxe, pour la plus grande joie de l’acheteuse, un peu choquée au début – on la comprend – puisque cette oeuvre est aujourd’hui estimée à plus de deux millions d’euros ! Comme l’explique Arnaud Oliveux, expert chez Artcutial, qui a vendu trois sérigraphies et un objet signés Banksy le 24 octobre dernier (intacts, eux), : «L’artiste ne voulait pas que l’oeuvre soit détruite entièrement, elle est devenue autre chose. La maison de ventes est actrice de la performance, et l’oeuvre est désormais iconique».

Depuis Duchamp, on sait que la provocation est un moyen d’attirer l’attention et de faire réagir le public, de se poser en  adversaire du système, de défier l’autorité. Et ce n’est pas nouveau. En peignant des corps nus dans son Jugement dernier au plafond de la Chapelle Sixtine, Michel Ange, malgré le soutien des papes Paul III et Jules III, s’est attiré les foudres des autorités religieuses. Et le Radeau de la Méduse de Géricault suscita une réprobation générale : non seulement cette référence à l’incompétence du commandant du navire fut perçue comme une critique contre contre le régime de Louis XVIII, mais la présence d’un naufragé noir fut considérée comme une charge contre l’esclavage.

Aujourd’hui, cette démarche est non seulement bien moins risquée, mais elle ne peut être dissociée d’une volonté assumée de faire grimper la cote, à l’image d’un Damien Hirst ou d’un Jeff Koons. Mais comme l’affirmait Henri Salvador, «Utiliser l’art pour   faire du fric, c’est tuer l’art».

Gabrielle Gauthier
Rédactrice en chef