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Arts Magazine International N°20

Octobre Novembre 2018. Version numérique

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Arts Magazine International N°20

Version numérique

100 pages

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Description

«À chaque siècle son art,à l’art sa liberté»

À l’heure où le politiquement correct s’impose dans l’art comme dans tous les domaines, cette affirmation de Gustav Klimt est d’une brûlante actualité : de Facebook qui a fermé le compte d’un instituteur ayant osé mettre en ligne L’Origine du Monde de Courbet (songez, un sexe féminin ainsi exposé à la vue de tous !) à la pétition demandant le retrait de l’accrochage au Met d’une toile de Balthus, considérée comme rien de moins qu’une incitation à la pédophilie, en passant par les accusations de sexisme à l’encontre de Tom Wesselman (à voir au Nouveau Musée National de Monaco jusqu’en janvier prochain).

Trois exemples parmi de nombreux autres qui ont en commun d’être de véritables oeuvres d’art finalement bien innocentes, en regard de ce que notre environnement nous dévoile quotidiennement. Les couvertures de certains magazines affichées en grand format au dos des kiosques en montrent bien plus que l’intimité de Joanna Hifernan. Les nus alanguis de Wesselman sont bien moins suggestifs que nombre de publicités. la Thérèse rêvant de Balthus n’est pas, loin s’en faut, l’érotisation d’une toute jeune fille la plus choquante à laquelle nos yeux sont confrontés. Si combattre toutes les formes d’abus sexuels et de marchandisation du corps est évidemment primordial, il y a sans doute des champs de bataille plus légitimes que les murs des musées et des galeries.

Dans une hilarante vidéo en réaction à la censure par Facebook (encore eux…) de La Descente de Croix (la faute à un Christ trop dénudé !), la maison Rubens d’Anvers a mis en scène des agents en uniforme du FBI (pour FaceBook Intelligence) demandant aux visiteurs du musée qui possèdent un compte Facebook de détourner les yeux des peintures de nus et les réorientant vers des oeuvres plus chastes. Plusieurs professionnels de l’art flamand ont adressé à Mark Zuckerberg une lettre ouverte dénonçant l’application butée des règles éthiques du réseau social : «La diffusion de notre patrimoine culturel unique est à ce jour impossible sur le réseau social le plus populaire. Notre art y est qualifié d’indécent, voire de pornographique».

Facebook interdit en effet toute représentation des parties génitales, y compris des seins pour les filles plus âgées que des bébés. Il faut quand même avoir un esprit particulier pour trouver choquante la vision de La Liberté guidant le peuple de Delacroix, également censurée ! Comme le constatait La Rochefoucauld, «Les esprits médiocres condamnent d’ordinaire tout ce qui passe à leur portée». Un peu de recul et de hauteur de vue ne saurait nuire.

Gabrielle Gauthier
Rédactrice en chef