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Arts Magazine International N°16

Avril Mai 2018. Version numérique

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Arts Magazine International N°16

Version numérique

100 pages

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Description

«Il y a dans la peinture quelque chose de plus»

C’est Renoir qui l’affirmait, ajoutant «… qui ne s’explique pas, qui est essentiel». Même, et peut-être encore plus, quand ils s’inspirent de la réalité, les artistes la peignent, mais ne la dépeignent pas. Dans la seconde moitié du XIXème siècle, Paris est en plein bouleversement sous l’impulsion de Napoléon III et du Baron Haussmann… De nouveaux quartiers, comme celui du Boulevard des Italiens, surgissent, alors que la campagne, toujours présente, notamment sur les hauteurs de Montmartre, résiste vaillamment. Une source d’inspiration pour les maîtres de l’époque qui nous livrent leurs «impressions» : les Grands Boulevard pour Caillebotte, l’église de Saint-Germain-l’ Auxerrois pour Monet, l’Île de la Jatte pour Seurat… Des toiles d’une puissance intacte, qui évoquent le réel mais le transcende.

Brassaï, à la fois photographe et peintre, avait sur le sujet un avis tranché : «La photographie, c’ est la conscience même de la peinture. Elle lui rappelle sans cesse ce qu’elle ne doit pas faire. Que la peinture prenne donc ses responsabilités». On peut en discuter. Quand on voit la richesse de la création photographique actuelle, il est indéniable que de nom- breux artistes, eux aussi, s’éloignent de la représentation. Et c’est sans doute ce qui définit l’art : l’abolition des frontières entre les techniques, les supports, les méthodes et la volonté de s’affranchir des contraintes et des carcans imposés. Rodin en est un parfait exemple. Adulé de son vivant, ce qui n’est pas si courant pour un artiste, il était aussi au cœur de nombreuses polémiques. La raison ? Sa vision de l’art, qu’il souhaitait novateur et «anti-académique». Il est vrai que, recalé trois fois à l’épreuve de sculpture du concours des Beaux-Arts, il avait toutes les raisons de ne pas porter les institutions dans son cœur.

Mais c’est pour une toute autre raison que sa première œuvre, initialement baptisée Le Vaincu et connue aujourd’hui sous le nom de L’ Âge d’ Airain a fait scandale. Les critiques de l’époque, toujours prompts à se tromper (comme aujourd’hui) accusèrent le sculpteur d’avoir moulé sa sculpture, trop réaliste et trop éloignée des canons classiques, sur le corps de son modèle, un jeune soldat belge de 22 ans, Auguste Neyt. Le sculpteur, alors âgé de 31 ans, a dû prouver toutes les étapes de sa création, présentant photographies, esquisses, dessins… Échaudé, Rodin ne créera plus jamais de corps trop parfaits, ni à taille humaine, et livrera, quelques années avant sa mort, une conclusion qui est toujours actuelle : «Le véritable artiste exprime toujours ce qu’il pense au risque de bousculer tous les préjugés établis».

Gabrielle Gauthier
Rédactrice en chef