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Arts Magazine International N°14

Février Mars 2018. Version numérique

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Arts Magazines International N°14

Version numérique

100 pages

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Description

«Je ne pense pas à l’art quand je travaille»

L’auteur de cette modeste affirmation, Jean-Michel Basquiat ajoutait : «Je commence une image et je la termine. J’essaie de penser à la vie». Pourtant, nous avons souvent tendance à intellectualiser la création, et parfois à ranger les artistes dans des petites cases, avec des noms dessus. Les grands mouvements ne sont pas des constructions rationnelles et conscientes. Ils émergent parce que des artistes partagent, à un moment donné, les mêmes idées, les mêmes goûts et, le plus souvent, la même volonté de rompre avec les règles de la tradition. «Entre 1905 et 1912, l’abstraction jaillit presque au même moment en plusieurs endroits, sans que les artistes en aient eu connaissance», rappelle ainsi le critique Karl Ruhrberg. Un exemple frappant est donné par le travail de Hilma af Klint. Cette artiste suédoise, sans aucun contact avec les mouvements modernistes de l’époque en Europe centrale et occidentale, a peint ses premières oeuvres abstraites en 1906. L’air du temps, sans doute.
C’est le travail des historiens de l’art que d’analyser a posteriori les grandes tendances qui émergent aux différentes époques. Elles se succèdent,
s’opposent, se superposent parfois. Mais aujourd’hui, avec la montée en puissance de la communication, la rapidité avec laquelle de nouveaux
mouvements apparaissent ne cessent de s’accélérer. Les dénominations se multiplient, se complexifient, parfois jusqu’au ridicule. Comme l’analyse Lyliane Merit, présidente du Salon des Indépendants qui tient sa 129ème édition dans le cadre de Art Capital, «Ces définitions
établissent des classifications qui sont autant de frontières», ajoutant que les artistes préfèrent choisir la liberté.
Il ne doivent se soucier que d’exprimer ce qu’ils ont à dire. D’ailleurs, faut-il le rappeler, les Impressionnistes ont adopté après coup un terme utilisé à l’origine par un critique ironique.
Au-delà de l’esthétisme ou du choc visuel, l’art est aussi ancré dans une époque. Comme le dit Lilian Thuram, qui a imaginé un accrochage original
pour les collections du Musée Delacroix, «un artiste ne peint pas par hasard».
Consciemment ou non, ses choix sont le reflet d’un environnement social, politique, culturel, technologique. Cette approche contextuelle nous offre un autre regard sur les oeuvres et les artistes, nous cultivant et nous élevant, dans les meilleurs sens des termes. Paul Klee l’affirmait, «L’art ne représente pas le visible, il rend visible». Mais c’est à nous d’ouvrir les yeux !

Gabrielle Gauthier
Rédactrice en chef